Centre Pompidou 40 ans

Trois questions à Serge Lasvignes président du Centre Pompidou

Pourquoi fêter ces quarante ans, quel est le sens de cet anniversaire ?

Quarante ans, c’est l’âge de la maîtrise et de l’action: un bel âge lorsqu’on sait s’ouvrir grand sur ce qui advient, partager l’expérience et la force acquises. Le Centre Pompidou a bâti l’une des plus importantes collections d’art moderne et contemporain au monde, présenté 325 expositions, proposé des spectacles, des cycles, des débats, des festivals. Pour fêter cet anniversaire, j’ai souhaité, non une auto-célébration, mais un anniversaire décentré, une fête de la création artistique partout en France, avec toutes les institutions amies qui partagent nos objectifs, ce maillage culturel français qui est si précieux. Cet anniversaire partagé est un moyen d’aller au devant de tous ceux qui ont aimé et accompagné le Centre Pompidou mais aussi de rencontrer de nouveaux publics.

Quelles sont les quelques exemples de projets emblématiques de cet anniversaire « décentré » ?

L’originalité du 40e anniversaire du Centre Pompidou tient à la diversité des manifestations proposées au public, partout en France, en collaboration avec des musées, des centres d’art, des festivals, des scènes de spectacle... Il y en a pour tous les goûts: arts plastiques, architecture, design, danse, musique contemporaine, théâtre, performance. C’est au public de faire son choix !

L’esprit du 40e anniversaire, c’est de proposer de découvrir ou redécouvrir, en collaboration avec les institutions culturelles en région, la richesse des collections du Centre Pompidou, la diversité des facettes de l’art aujourd'hui. Le Musée des Beaux-arts de Rennes a, par exemple, souhaité exposer l’installation Bordeaux Piece de David Claerbout, artiste vidéaste belge, œuvre de 13h, jamais présentée en France. D’autres expositions conçues à partir de la collection invitent le public à poser un nouveau regard sur certains pans de l’histoire de l’art: l’abstraction à Paris dans l’après-guerre («Le geste et la matière» à la Fondation Clément en Martinique), les mégastructures, concept architectural dont l’architecture du Centre Pompidou par Richard Rogers et Renzo Piano est une expression («Mégastructures» au lieu unique de Nantes), les coloristes, courant moins connu du grand public à la croisée du design et de l’architecture, dont le Centre Pompidou possède un fonds très important («Éloge de la couleur» à La Piscine à Roubaix), la perception de la couleur dans le domaine céramique («L’expérience de la couleur» à la Cité de la Céramique à Sèvres). Ce programme active le réseau artistique en France, dans toutes les régions: de la rétrospective Eli Lotar au Jeu de Paume à la rétrospective Claude Closky au Centre des livres d’artistes de Saint-Yrieix-la-Perche.

Enfin, pour le spectacle vivant, l’anniversaire permet de mettre en avant des complicités historiques avec certains lieux et le soutien donné à des artistes. C’est le cas du chorégraphe Alain Buffard, aujourd’hui disparu, qui a été soutenu au fil de son parcours par le Centre Pompidou, les Subsistances à Lyon et le Théâtre de Nîmes. 2017 est ainsi l’occasion de reprendre une de ses créations en partenariat avec ces deux institutions. Fanny de Chaillé, qui s’exprime aussi bien dans le registre du théâtre et de la danse que dans celui de la performance, présente sa troisième création au Centre Pompidou, à Bordeaux, à Montpellier et à Toulouse. Il est aussi important de profiter de l’anniversaire pour écrire de nouvelles histoires et tisser des liens avec des artistes émergents, comme les danseurs et chorégraphes I-Fang Lin et Volmir Cordeiro.

Et dans quarante ans, comment voyez-vous évoluer le Centre Pompidou, quels sont les défis qui l'attendent ?

Quarante ans, c'est trop loin. Les défis sont à relever dans l'immédiat. Il faut savoir appréhender les nouvelles formes de la modernité. Un monde polycentré, le développement de nouvelles scènes artistiques qu'il faut connaître et où il faut aussi être acteur. De nouvelles démarches créatrices, qui verront l’art, la science et la technique multiplier les passerelles. De nouvelles attentes d’un public confronté à une offre multiple qui recherche une relation mieux individualisée, participative. L’ardente obligation de se rapprocher de «l’autre public», celui qui ne vient pas spontanément, que l’art contemporain intimide. Et plus généralement, le désir de ne rien perdre de son originalité, de sa capacité à surprendre et émouvoir tout en sachant aussi faire comprendre, donner des clés, échanger avec le public pour écrire ensemble l’histoire de la modernité. Enfin rester le capteur sensible de l’art en train de se réinventer sans cesse, avec toutes ses dimensions, plastiques, musicales ou chorégraphiques.